C’était aujourd’hui (vieux texte)

Il y a des jours où la vie semble plus douce. Des jours où on ne peut pas s’empêcher de sourire. Sans savoir pourquoi. Mais faut-il toujours forcément une raison au sourire? Ne pourrait-on pas, une fois de temps en temps, se sentir bien et le montrer, le dire, sans culpabiliser. Rire aux éclats dans la rue, juste parce qu’on en a trop envie et qu’il faut que ça sorte, sans craindre la camisole ou le regard de l’autre qui voudrait nous faire comprendre que ça ne se fait pas, point final. Oui, le rire c’est comme les larmes, il faut que ça sorte, sinon ça pèse.

@talcadookay
we heart it @talcadookay

Aujourd’hui, le ciel était bleu, l’air était doux et enivrant. Pas plus que les jours d’avant. Et pourtant…. Pourquoi ce jour était-il différent? Je n’en sais rien à vrai dire. Une intuition, un truc qui trotte dans la tête, il va se passer quelque chose, je le sens, je l’attends. Comme un enfant attend le matin de Noël depuis des mois. Je ne sais pas ce que sera mon cadeau, bonne ou mauvaise surprise. Mais je suis convaincue qu’avant ce soir je saurai. Et j’ai le coeur qui bat plus vite à cette idée, dans cette attente là.

J’ai des envies d’évasion, de balades et d’air frais. Un peu de mascara, un dernier regard au miroir, et satisfaite de mon image, me voilà dehors. Le vent fait voler mes cheveux, je marche d’un pas ferme et rien ne pourra m’arrêter. Une petite voix dans la tête qui me chuchote « C’est aujourd’hui ». Je l’entends, je souris de plus belle. Ce n’est pas une voix que je connais, mais je ne pense pas qu’elle me soit étrangère. Elle m’a déjà parlée, j’en suis sûre. Alors peut-être que je ne voulais pas l’entendre….
La musique dans les oreilles, je suis dans le bus. Il y a du monde, plus de places assises. Mais ce n’est pas grave, je resterai debout, je ne vais pas loin. Perdue dans mes pensées, je ne le vois pas monter. Je le remarque quand le chauffeur freine brutalement et qu’il se rattrape en me marchant sur le pied. Plutôt douloureux le premier contact! Je ne suis pas du genre à jouer les grincheuses et à m’en prendre à la personne quand ces choses là arrivent. Moi même je me retrouve projetée sur ma voisine, une gentille mamie qui me sourit lorsque je m’excuse. J’ai d’ailleurs déjà oublié mon pied. C’est à ce moment là que je l’entends. Son « pardon ».
Je tourne alors la tête. Il est assez grand, il a un visage d’ange. Je bafouille un « C’est rien ». J’ai chaud tout à coup, je dois être rouge comme une tomate. Mais la tomate entend toujours cette petite voix, « C’est aujourd’hui »….. Je tente un sourire, il me le rend. Et puis regarde ailleurs. Me voilà bouleversée comme une petite fille, pour un seul mot et un sourire. Mais c’est si bon.
Je n’arrive pas à détacher mes yeux de lui. Je détaille ses mains sur la barre. Fines, claires. Je remonte sur les bras…. Tout y passe, d’un coup d’œil discret, des cheveux jusqu’aux chaussures. Je me souviens alors que ce n’est pas la première fois que je vois ce garçon. Oui je l’avais déjà remarqué. Mais comment faire autrement? On le croirait dessiné par un très grand artiste, il est à couper le souffle de beauté, de grâce…Je connais son arrêt de bus. Peut-être une chance de le recroiser un jour…
Je souris bêtement mais je m’en fiche. Il est debout à côté de moi. J’ai arrêté de le regarder, je ferme les yeux et me laisse emporter par la musique et par cet instant. Et puis je finis par les ouvrir à nouveau, n’y tenant plus. Je ne veux pas perdre une seule seconde de ce spectacle que la vie m’offre. Mais là c’est lui qui me fixe. Je sens son regard sur moi, je compte jusqu’à trois et je le croise. Deux secondes. Juste assez pour me noyer. Ces yeux là vont me poursuivre, je le sais déjà. Ils sont d’une couleur incroyable, on dirait du caramel qui brille. En deux secondes, il est entré en moi, il m’a mise à l’envers. En deux secondes avec ses yeux il m’a fait l’amour. Il baisse la tête et moi je reprends mon souffle.
Et puis il s’en va. Un dernier frôlement. Il referme la parenthèse de ce moment là et reprend sa vie. Au moment où il descend de ce bus, il m’a sûrement déjà oubliée. Je le vois s’éloigner dans la rue et j’ai envie de crier. La vieille dame me sourit encore, je crois qu’elle a compris. Elle doit trouver ça mignon. Quelqu’un m’a dit un jour que je pourrai rencontrer l’homme de ma vie au supermarché, nos deux caddies se percutant. Et dans un bus c’est possible? C’est ce que je me suis dit cet après midi, en retrouvant cet ange craquant qui aura au moins touché mon pied droit.

Vais-je le revoir? Et même si je le recroisais un jour dans ce bus…. Oserai-je aller plus loin qu’un sourire timide et maladroit? Me regardera-t-il cette fois encore? Dieu seul le sait. La petite fille sait maintenant quel était le cadeau qui l’attendait au pied du sapin. C’était exactement ce qu’elle avait commandé. Juste deux secondes qui lui ont parues deux heures belles et intenses. Deux secondes où elle s’est sentie jolie et désirée. Tout à fait ce dont elle avait besoin. La petite voix avait raison. C’était aujourd’hui…

(Edit des années après, je ne l’ai jamais recroisé, et je l’avais même oublié jusqu’à ce que je retrouve ce texte hier soir….)

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