Le garçon au mouchoir

Un soir, sur le trottoir, j’ai rencontré un garçon. Et je ne sais pas pourquoi, ce soir, son souvenir m’est revenu en tête d’un coup… Depuis ça tourne dans mon esprit. Alors voilà cette histoire.

@platovnjak_neza
We heart it @platoynjak_neza

Il y a quelques années, une petite dizaine à vrai dire, mais on va pas le dire, parce que ça fout un coup dans les dents, je vivais seule, loin de ma famille, dans la ville pour laquelle j’avais tout quitté. J’étais vraiment mal à ce moment là, je n’avais de plaisir dans rien. J’avais quelques copains au boulot. Un boulot que je détestais mais qui m’allait quand même, en attendant. Et puis surtout, j’avais perdu quelqu’un de très cher. Et j’avais tellement de difficulté à me relever.

Il n’était pas parti dans l’autre Monde, non. Mais il était sorti de ma vie, violemment, brutalement, avec des reproches et des mots qui m’avaient foutue par terre, assommée de coups de poing de haine. Et comme il était la personne la plus importante à mes yeux, à ce moment là, vous vous doutez bien que ce n’était pas simple du tout à gérer. Un morceau de moi était en miettes et j’étais plutôt bancale.

Oui mais voilà. J’avais appris qu’il donnait un concert avec son groupe dans une petite salle, dans la ville où j’habitais. J’ai très longtemps hésité, j’ai pesé le pour et le contre des semaines. J’ai pensé que je n’irai pas. Et puis finalement, je n’ai pas pu résister à l’envie et au besoin de le revoir, d’entendre sa voix. Je ne l’avais pas croisé depuis ce jour terrible où il m’avait dit ces horreurs, j’avais peur bien sûr.

Mais j’y suis allée. J’ai pris le bus, un autre bus. Je ne savais pas encore comment je pourrai rentrer chez moi après, puisqu’il n’y aurait plus de transports. Mais je l’ai fait. Et une fois arrivée devant la salle, j’ai attendu, espéré croiser quelqu’un que je connaîtrais et avec qui je pourrai rester, en vain. L’angoisse est montée, par vagues. Je voulais rentrer chez moi. Qu’allais-je faire dans cet endroit où je ne serai pas la bienvenue? Est-ce que ces amis que j’avais en commun avec lui avant tout ça me tourneraient le dos eux aussi, ou pas? Qu’allait-il me dire, et allait-t-il même me dire quoique ce soit? Est-ce que j’allais encore une fois me retrouver assommée?

Les larmes sont venues et ont coulé doucement. Je n’avais pas prévu les mouchoirs, c’est con. J’étais sur le trottoir, devant cette salle, tout le monde rentrait pour assister au concert et moi j’étais paralysée sans savoir quoi faire.

Et ce garçon est arrivé. Celui dont je parle dans la première phrase. Dans mon souvenir, pas très grand, mince, brun, les cheveux courts.Je ne me souviens plus des traits de son visage, mais joli mec, pas une beauté parfaite et froide. Non, un charme simple, des traits réguliers, une présence rassurante. Ce garçon que je n’avais jamais vu de ma vie auparavant, m’a vue pleurer. Il s’est arrêté à ma hauteur, m’a demandée « ça va? », et m’a tendue un mouchoir. Ce geste m’a bouleversée et rien que de l’écrire, je ressens encore l’émotion qui m’avait étreinte à cet instant. Il existait encore des personnes qui faisaient attention aux autres, qui s’inquiétait de voir une fille remplie de tristesse, et qui allait vers elle pour essayer de l’aider.

 » Pourquoi tu pleures? »…. Comment lui expliquer la raison de ces larmes de fille paumée qui est venue jusque là pour voir un concert mais qui a peur d’y assister finalement. Impossible de lui raconter l’histoire qui rendait ça un peu plus compréhensible. Je n’ai rien dit. Et là il m’a demandée si je voulais bien l’accompagner à l’intérieur. Cette invitation, tombée du ciel, je l’ai acceptée avec un sourire reconnaissant et sincère, et nous sommes rentrés.

Nous nous sommes installés à une table dans le bar, en face de la scène. Il m’a demandée si je connaissais le groupe qui allait jouer, lui était là par hasard. Nous avons ensuite discuté, bu un verre, fait connaissance. Je me sentais bien. Comme si ce rendez vous en était vraiment un, que je le connaissais déjà, que j’étais à ma place. Je me suis détendue et même si la présence de Lui et sa voix dans le micro qui me faisait fondre plus que jamais, me fendait le cœur, j’ai passé malgré tout une soirée agréable. Lorsque Lui est venu me saluer, malgré tout, j’ai gardé la tête haute, avec difficulté certes, mais le fait de ne pas être là toute seule, et d’avoir le soutien inconscient de cet inconnu, m’a permis de ne pas m’effondrer.

Le concert s’est terminé, il m’a dit avoir apprécié la musique et ma compagnie. Et m’a proposée de me raccompagner en voiture puisque je n’avais aucune solution pour rentrer chez moi. J’ai accepté évidemment. En fait je crois que je n’avais pas envie de le quitter. Il m’a déposée sagement devant l’immeuble, m’a souhaitée bonne nuit et m’a remerciée pour ce moment agréable. Il n’y a rien eu de plus. Je ne sais pas si j’aurai souhaité un petit baiser, probablement que oui. Il me plaisait, je ne le cacherai pas. Charmant, gentil, attentionné, intéressant. Il m’avait sauvée de l’angoisse dans laquelle j’étais plongée. Oui vraiment il me plaisait, et c’était tout ce que je gardais de cette soirée. La peine s’était envolée.

Je ne connaissais que son prénom que j’ai oublié depuis. Je n’avais ni nom, ni numéro de téléphone. On n’avait même pas parlé de se revoir. Je l’ai cherché longtemps sur le net. Je ne l’ai jamais retrouvé. Je ne sais même pas si je l’ai suffisamment remercié, à la mesure du soulagement qu’il m’avait apporté. Je ne sais pas si je lui plaisais, s’il avait juste fait preuve d’une grande gentillesse sans intention cachée. S’il attendait que je lui propose un autre rendez vous. Je ne l’ai pas fait, mais j’aurai peut-être dû. Enfin, c’est la vie. Je devais le trouver trop bien pour moi. Oui, j’avais en plus une estime de moi plus que médiocre à cette époque là.

Il était comme une jolie parenthèse de douceur dans cette vie maussade et tourmentée. Comme si quelqu’un là haut l’avait balancée sur Terre, directement dans cette rue, pour me la rendre un peu plus légère. Le hasard je ne sais pas s’il existe. Mais le destin, j’y crois. Que faisait-il là, à ce concert, sur mon chemin, au moment même où j’étais en détresse et où j’avais vraiment besoin de quelqu’un. Je crois qu’il s’appelait Mathieu. Il a dû m’oublier pendant la nuit. Dix ans plus tard, je songe encore à lui.

J’ai rencontré ce garçon un soir sur le trottoir, les yeux gonflés de chagrin, il m’a offert un mouchoir et enlevé le gros poids qui pesait sur mon cœur. Et ce soir, comme ça, j’ai pensé à lui. Alors j’ai juste eu envie de vous en parler….

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8 réflexions sur “Le garçon au mouchoir

  1. C’est beau de dire comme si la vie l’avait balancé la sur terre. Et c’est exactement ça. Je suis persuadée que tous les gens qu’on croise on une importance capitale dans le fonctionnement de notre vie. Même s’il s’agit de petites minutes. C’est beau en tout cas ❤

    Aimé par 1 personne

    1. je pense aussi qu’il n’y a pas de coïncidences…. Toute ta vie est écrite au départ, tu rencontres les personnes que tu dois rencontrer et qui te font avancer dans ces directions là…
      merci pour ton message ma belle! bizz

      J'aime

  2. Et tu as bien fait, c’est une très belle histoire. Parfois il suffit de pas grand chose pour que l’espoir revienne. On dirait que ce jeune homme était comme un ange descendu du ciel pour apaiser ta peine.
    Grosses bises et merci pour le partage de ce délicieux souvenir Loreleï.

    Aimé par 1 personne

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